Paris19/01 : rassemblement en hommage aux antifascistes russes Markelov et Babourova

Le 19 janvier 2026 marquera le 17e anniversaire du meurtre des antifascistes russes Stanislav Markelov et Anastasia Babourova. À cette date, des rassemblements et des manifestations sont prévus à Paris, Munich, Londres, Berlin et même Moscou. Qui étaient ces militants ? Révolution permanente s’est entretenu avec le Comité du 19 janvier qui organise un rassemblement demain à 19h place Igor Stravinsky.

En 2009, Stanislav Markelov avait 34 ans. Il était déjà un avocat célèbre, qui s’était fait connaître dans des affaires politiques retentissantes. Il défendait les militants de gauche, les écologistes et les syndicalistes, était l’un des principaux avocats dans les affaires antifascistes, protégeait les civils tchétchènes contre l’arbitraire de l’armée russe, collaborait avec des défenseurs des droits de l’homme et des journalistes d’investigation, obtenait des condamnations pour les policiers corrompus, des officiers violents et des néonazis. En tant qu’intellectuel public, il était connu pour ses discours et ses textes stratégiques critiquant le nationalisme russe et le capitalisme, proposant des orientations au mouvement antifasciste. Il était donc une figure de liaison entre plusieurs milieux alors peu connectés entre eux.
À 26 ans, Anastasia Babourova était militante des mouvements antifasciste et anarchiste, ainsi que journaliste débutante dans un journal clé d’investigation sociale et politique, où travaillait également Anna Politkovskaïa (journaliste tuée en 2006, ndlr). Elle couvrait les manifestations sociales, les violences commises par l’extrême droite, l’arbitraire des grands patrons et des forces de l’ordre. Elle a perdu la vie en tentant courageusement d’arrêter le meurtrier qui a tiré dans le dos de Markelov.
Le meurtre des deux hommes par un membre d’un groupe néonazi clandestin dans le centre de Moscou, juste après la conférence de presse de Markelov, a été un choc bien au-delà de ceux qui les connaissaient personnellement. Il est devenu le symbole de la menace tangible du terrorisme néonazi, qui a poussé les milieux de gauche, antifascistes et défenseurs des droits de l’homme à coopérer plus étroitement. C’est précisément à la suite de la tragédie du 19 janvier que des cercles militants peu liés entre eux ont commencé à se rencontrer plus souvent, à s’écouter mutuellement et à mener des initiatives communes.

En France aussi, une marche antifasciste est organisée chaque année en mémoire de Clément Méric, un militant tué par l’extrême droite. Mais dans le cas de Markelov et Babourova, il y a un autre élément important : le rôle de l’État russe et ses liens avec le mouvement d’extrême droite. Quelle est la responsabilité du régime de Poutine dans le renforcement des forces d’extrême droite en Russie ?

Immédiatement après le meurtre, la principale hypothèse avancée dans l’espace public était celle d’une vengeance : soit des autorités tchétchènes, soit des officiers russes contre lesquels Markelov avait intenté plusieurs procès, soit des néonazis. Markelov avait reçu à plusieurs reprises des menaces de leur part, et les ultranationalistes et néonazis ont littéralement célébré le meurtre sur les réseaux sociaux par des messages jubilatoires. Dans tous ces cas, le lien avec le Kremlin, protecteur des groupes réactionnaires dont l’impunité était compromise par les victoires judiciaires de cet avocat brillant, était immédiatement évident.
Neuf mois plus tard, l’enquête a permis d’arrêter les meurtriers, les néonazis Nikita Tikhonov et Evgenia Khasis (Khasis est sortie de prison en décembre 2025, Tikhonov a été condamné à la prison à vie). Les enquêteurs et les journalistes d’investigation ont rapidement découvert qu’ils faisaient partie d’un groupe plus vaste d’ultranationalistes, dont la branche légale collaborait avec le Kremlin, recevait des fonds pour organiser des marches et des actions nationalistes dans le cadre du modèle de « nationalisme contrôlé » utilisé par les services secrets russes, tout en utilisant une partie de l’argent pour acheter des armes et louer un appartement secret pour ses combattants. Ce même groupe a assassiné des travailleurs immigrés, des antifascistes, et, après le meurtre de Markelov et Babourova, a abattu le juge fédéral Eduard Chuvachov, qui avait été procureur dans plusieurs affaires contre des néonazis.
La leçon que l’administration du Kremlin a tirée de la catastrophe du « nationalisme contrôlé » qu’elle avait organisée était double. Les tribunaux russes ont enfin commencé à reconnaître les crimes motivés par la haine raciale et nationale, c’est-à-dire à juger les néonazis pour leurs crimes et non pour des actes de hooliganisme. En quelques années, entre trois et cinq mille fafs et néonazis ont été envoyés en prison. Ensuite, les accusations de « haine » ont été utilisées de manière de plus en plus élargie, et ce n’est pas une spécificité russe. La même chose s’est produite au cours de la dernière décennie dans de nombreux pays, y compris en France, dans le contexte de l’utilisation des qualifications de « terrorisme » et d’« extrémisme » contre des militants de la société civile et des militants politiques. Dans les années 2010, les poursuites judiciaires pour « motifs haineux » ont été de plus en plus souvent engagées contre des militants civils, des personnes qui critiquaient les fonctionnaires et les policiers, voire des antifascistes qui publiaient des croix gammées barrées sur les réseaux sociaux. Le Kremlin a relâché certains néonazis précédemment arrêtés et les a utilisés dans des campagnes de persécution contre les personnes LGBTQI+, la consommation de drogues et même le tabagisme.
Avec le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, l’instrumentalisation absurde de la « lutte contre le nazisme » pour justifier la guerre par le Kremlin a atteint des formes extrêmes. En déclarant que l’un des principaux objectifs de l’invasion était la « dénazification » de l’Ukraine, le président Poutine et l’administration du Kremlin ont proclamé l’antifascisme comme leur idéologie officielle. Cependant, comme cela s’est produit un peu plus tard aux États-Unis sous la présidence de Trump, le mouvement antifasciste est soumis à des répressions policières ouvertes, les militants se retrouvent en prison pour des affaires montées de toutes pièces, les ultranationalistes mènent des campagnes agressives de vigilantisme pour renforcer les « valeurs familiales traditionnelles » , et des brigades et bataillons néonazis combattent aux côtés de l’armée russe d’invasion.

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Source: Révolution permanente